Private equity 2026 : ce que cache la démocratisation du non coté

Private equity, ELTIF 2.0, fonds evergreen : ce que révèlent les chiffres de l'AMF sur l'écart entre performance affichée et rendement réellement perçu par les particuliers.

Longtemps réservé aux investisseurs institutionnels et aux family offices, le private equity s’ouvre progressivement aux particuliers depuis l’entrée en application du règlement européen ELTIF 2.0 et la multiplication des fonds dits « evergreen ». Sur le papier, la promesse est séduisante : accéder aux mêmes moteurs de performance que les grands fonds de pension, avec des tickets d’entrée revus à la baisse et une liquidité mieux organisée. Dans les faits, les chiffres publiés par l’Autorité des marchés financiers racontent une histoire plus nuancée, que tout investisseur avisé doit connaître avant de s’engager sur cette classe d’actifs.

Une classe d’actifs qui s’ouvre enfin aux particuliers

Le règlement ELTIF 2.0 a assoupli les conditions d’accès au capital-investissement pour les investisseurs non professionnels : abaissement des tickets minimaux, harmonisation du cadre réglementaire à l’échelle européenne, et surtout organisation de fenêtres de liquidité régulières. C’est précisément ce que proposent les fonds evergreen, qui fonctionnent en continu, investissent, désinvestissent et réinvestissent au fil de l’eau, plutôt que de suivre le cycle fermé traditionnel d’un fonds de private equity classique, souscription bloquée pendant huit à dix ans. Ces véhicules organisent des rachats périodiques, généralement trimestriels, dans la limite de plafonds de rachat prédéterminés, ce qui offre une flexibilité inédite pour une classe d’actifs historiquement illiquide. Les thématiques mises en avant, intelligence artificielle, santé, deep tech, transition énergétique, technologies de rupture, achèvent de rendre l’offre attractive pour une clientèle patrimoniale en quête de diversification et de sens.

Ce que montrent vraiment les chiffres du marché

Les statistiques agrégées du secteur, telles que publiées par France Invest et EY en juillet 2025 sur un échantillon de 1 262 fonds, sont impressionnantes : un taux de rendement interne moyen de 11,3 % sur la période 1987-2024, de 12,4 % sur les dix dernières années et de 10,4 % sur les cinq dernières, avec une moyenne de 14,1 % pour les fonds déjà liquidés depuis 2008. Sur longue période, le non coté surperforme ainsi le CAC 40, l’immobilier physique mesuré par l’indice EDHEC, et les fonds alternatifs internationaux. Ce sont ces chiffres, mis en avant par la majorité des plateformes de distribution, qui alimentent aujourd’hui la communication commerciale autour de la démocratisation du private equity.

Le grand écart avec la performance réellement perçue par les particuliers

C’est ici que l’étude publiée par l’AMF en janvier 2025 apporte un éclairage indispensable, car elle mesure pour la première fois la performance effectivement perçue par les épargnants particuliers, et non celle du marché institutionnel dans son ensemble. Les résultats sont sensiblement inférieurs aux chiffres cités plus haut : les FIP affichent un rendement moyen de -1,4 %, les FCPI de -1 %, le private equity logé en unités de compte d’assurance-vie ressort à 4 %, les FCPR en investissement direct à 4,1 %, et seuls les FCPR de fonds de fonds, qui mutualisent l’exposition à plusieurs gérants, et les fonds evergreen, respectivement à 10,6 % et 6,2 %, se rapprochent des performances de marché. L’écart entre le rendement moyen du secteur et celui réellement capté par les particuliers n’est donc pas anecdotique : il peut représenter plusieurs points de performance annuelle, cumulés sur huit à dix ans de détention.

Pourquoi un tel écart ?

Trois facteurs expliquent l’essentiel de cette différence. D’abord, l’empilement de frais propre aux véhicules grand public, frais de souscription, de gestion et parfois de sur-performance, qui s’ajoutent aux frais déjà prélevés au niveau des fonds sous-jacents lorsque le véhicule retail investit lui-même dans d’autres fonds. Ensuite, l’accès aux meilleurs gérants : les fonds de private equity les plus performants restent en grande majorité fermés aux nouveaux souscripteurs particuliers, faute de capacité disponible, laissant aux véhicules grand public un accès plus tardif ou à des gérants de second rang. Enfin, l’effet millésime : investir au bon moment du cycle économique pèse fortement sur la performance finale d’un fonds fermé sur huit à dix ans, et les particuliers, qui investissent souvent au moment où le sujet devient médiatique, plutôt qu’au moment optimal du cycle, en subissent les conséquences. Ces trois facteurs, frais, sélection, timing, sont précisément ceux sur lesquels un accompagnement patrimonial rigoureux peut faire la différence.

La fiscalité, un paramètre à ne pas négliger

Sur le plan fiscal, le prélèvement forfaitaire unique de 30 % reste applicable en 2026 aux plus-values de cession réalisées hors enveloppe dédiée, et les dispositifs de réduction d’impôt sur le revenu associés aux FCPI et FIP demeurent en vigueur, sous réserve du respect des quotas d’investissement en PME innovantes ou régionales. Le mécanisme de réinvestissement de l’article 150-0 B ter, utilisé dans le cadre d’opérations d’apport-cession, voit quant à lui ses conditions resserrées mais reste un outil pertinent pour réinvestir le produit de cession d’une entreprise dans des fonds de capital-investissement en différant l’imposition de la plus-value. Ce paramètre fiscal ne doit toutefois jamais devenir le moteur principal de la décision d’investissement : un véhicule fiscalement avantageux mais structurellement sous-performant, comme le montrent les chiffres des FIP et FCPI cités plus haut, reste un mauvais choix patrimonial.

Comment aborder le non coté avec discernement

Le private equity mérite sa place dans un patrimoine diversifié, mais à trois conditions précises. La première est la sélection : privilégier une architecture ouverte permettant de comparer plusieurs sociétés de gestion plutôt que de souscrire au premier véhicule maison proposé, et vérifier systématiquement l’historique réel du gérant, millésime par millésime, plutôt que la seule performance moyenne affichée en communication commerciale. La deuxième est le dimensionnement : le non coté doit rester une poche satellite, dont le montant correspond à une épargne réellement disponible sur huit à dix ans, jamais à un besoin de liquidité à moyen terme, y compris dans les fonds evergreen où les fenêtres de rachat restent plafonnées et non garanties en toutes circonstances. La troisième est la lecture lucide des chiffres : préférer un rendement net de frais documenté sur longue période à une promesse de performance moyenne du marché, qui ne préjuge en rien du résultat individuel d’un particulier investissant aujourd’hui. Chez Valmontis, nous sélectionnons les véhicules de non coté au cas par cas, en architecture ouverte, en fonction du profil et de l’horizon de chaque client. Prendre rendez-vous pour étudier si le private equity a sa place dans votre allocation.